Visite des bibliothèques du centre de détention de Mauzac, 2014.

En octobre 2014, la commission bibliothèques et médiathèques en milieu pénitentiare a visité deux bibliothèques du centre de détention de Mauzac (Haute-Garonne).

Seuls quatre membres de la commission Abf étaient présents :

  • Olwen Lesourd (MA de Fleury Merogis)
  • Nadine Michot (MA de Limoges)
  • Philippe Pineau (CP de Poitiers-Vivonne)
  • Marianne Terusse(MA de Gradignan

Nous avons été reçus par la personne chargée des activités culturelles pour les 3 établissements pénitentiaires de la Dordogne.

  • CD de Mauzac – 369 places
  •  CD de Neuzic – 398 places
  • MA de Périgueux – 91 places

Mme Duretete a en charge les activités culturelles des 3 centres depuis 2007.

D’abord recrutée par le ministère de la justice sous des contrats de droit privé régulièrement renouvelés (CDD), elle a obtenu un CDI en janvier 2013 et depuis a intégré le corps des secrétaires administratifs.

Présentation du centre de détention

Le centre de détention de Mauzac est en fait constitué de 2 centres situés l’un à proximité de l’autre et établis sur un domaine de 97 hectares entre Périgueux et Bergerac. Ils sont communément appelés « l’ancien centre » et « le nouveau centre ». Ils ne reçoivent que des détenus hommes (pas de femmes ni de mineurs) dont la moyenne d’âge est de 50 ans. La durée moyenne de détention y est de 5 ans. Le taux d’occupation est de 98%.

L ‘ancien centre (120 places) reçoit les détenus acceptés à la ferme école, ainsi que les détenus les plus âgés et les détenus handicapés.

Les bâtiments de l’ancien centre étaient à l’origine destinés à héberger les ouvriers de la poudrerie nationale. Entre 1940 et 1942 ils sont devenus « camp de regroupement des travailleurs étrangers », puis utilisés comme centre pénitentiaire pour détenus issus des cours de Justice créées à la Libération (de 1945 à 1947). Ensuite ils deviennent prison pour femme (la plus célèbre détenue étant la femme de Mussolini) jusqu’en 1951 ou naît le centre de détention actuel.

Le centre est composé de 3 bâtiments, un pour les détenus en ferme école (bâtiment tout en longueur avec 1 étage), un autre pour les détenus les plus âgés et un troisième dans lequel se trouve la cantine, la buanderie, la bibliothèque. Au milieu de tout ça un terrain de sport. Les détenus circulent librement dans la journée.

Le centre permet des formations – en partie extra muros – de CAP horticole et agent d’entretien de l’espace rural. 3 détenus sont affectés à la ferme horticole et les autres y effectuent leur apprentissage pratique. Les produits de la ferme-école sont vendus à la population le vendredi après-midi (et d’après ce que nous avons pu voir, ça fonctionne plutôt bien)

Les bibliothèques 

La bibliothèque de l’ancien centre est ouverte de 10h à 11h et de 15h à 17h les lundi, mercredi et jeudi et de 9h à 11h le samedi. Les mardi et vendredi la bibliothèque devient ludothèque de 15h à 18h. Elle possède en effet quelques jeux de société et il y a un détenu référent ludothèque. La bibliothèque n’est ouverte qu’une heure le matin car une bonne partie des détenus sont occupés par la ferme école, nous a t’on dit.

Le prêt de documents est de 5 documents pour 15 jours (règlement souple).
La bibliothèque a été refaite il y a 2 ans dans ce local qui était une ancienne cuisine. Mme Durtête a profité de l’occasion pour effectuer du désherbage et faire refaire au propre toutes les cotations et toute la signalétique des étagères.
Outre le fonds de livres (assez vieillot) la bibliothèque possède un fonds de 220 CD en accès indirect (boîtiers vides en accès direct, et CD dans une armoire).
Il n’y a pas de navette avec la BDP. Le détenu bibliothécaire relève les demandes particulières, qui sont transmises à la BDP par Mme Duretete. Elle va elle même récupérer les documents à la BDP à Périgueux et les apporte au centre.
Chapeauté par l’ULE, un groupe de détenus édite un journal local le « Mauz Mag ». Parution trimestrielle (approximative), tirage environ 70 exemplaires, disponibles à la bibliothèque et dans les endroits collectifs.

Un bénévole de la BDP vient 1 fois par trimestre pour une présentation de livres. Il rassemble à chaque fois une dizaine de participants (nul besoin pour les détenus d’être inscrits sur une liste visée par l’AP pour pouvoir participer à ces rencontres).

Le nouveau centre (260 places) a ouvert ses portes en 1986. Il a été conçu par l’architecte Christian Demonchy sur le modèle d’une architecture pavillonnaire.

Les détenus circulent librement dans tout l’espace de la détention : pavillons, terrain de foot attenant, terrain de tennis, bibliothèque, salle polyvalente (sport, musique). Les repas sont livrés dans chaque pavillon et les détenus peuvent manger soit dans la cuisine commune du pavillon soit dans leur cellule. Le repas du soir est servi à 18h15 et les cellules sont fermées pour la nuit de 19h30 à 7h20. Bien que les animaux soient théoriquement interdits, des chats passent régulièrement par le grillage extérieur et sont tolérés (après avoir été stérilisés) dans les espaces mais pas dans les pavillons. Ils sont souvent « adoptés » par un détenu.

Tous les ans un concours de jardins est organisé. Les graines (légumes et fleurs) sont fournies par l’association culturelle. Chaque pavillon organise son jardin.. Un jury composé de partenaires extérieurs, du personnel de la ferme école et des membres de l’association culturelle décerne un prix ; à la clé, la visite d’un jardin hors détention. Les légumes des lopins peuvent être récoltés et cuisinés par les habitants du pavillon. Les surveillants déambulent constamment dans les espaces.
Étant moins occupés qu’ailleurs par les ouvertures et fermetures de portes, ils sont attentifs aux comportements et observent. Selon eux peu de violence, quelques tentatives de racket. Le long bâtiment non pavillonnaire par lequel nous sommes entrés regroupe « l’épicerie » (de fait la cantine– au sens carcéral du terme), la bibliothèque et le coiffeur (poste détenu par un auxi – qui dans le civil n’était pas plus coiffeur que le bibliothécaire n’était bibliothécaire – nous n’avons pas posé la question des outils autorisés). (note personnelle de la rédactrice de ce compte-rendu : en voyant les panneaux épicerie, bibliothèque et coiffeur, j’ai tout de même un peu pensé à la série « le prisonnier » !)

La bibliothèque du nouveau centre est ouverte du lundi au jeudi jusqu’à 18h, mais le vendredi seulement le matin. C’est une pièce rectangulaire d’environ 35 m2, avec fenêtres ouvertes sur le centre. Au milieu une table avec 10 places assises et de l’autre côté de l’escalier d’accès (elle est au premier étage) une autre table plus petite.
Le détenu-bibliothécaire est auxi classe 3 (la plus petite). Depuis 3 ans il n’y plus de budget SPIP alloué aux acquisitions. Il existe une association culturelle interne à laquelle les détenus peuvent adhérer (5,50 € par mois – environ 100 adhérents). Ce sont ces revenus qui permettent les acquisitions, mais ils ne servent pas qu’à ça (actions sportives,
avances pour permissions exceptionnelles …). Cette association se réunit une fois par mois, les détenus ne sont pas membres du CA. Le budget alloué aux acquisitions pour Mauzac est de l’ordre 1000€ à 1500€ (livres, CD et abonnements). En ce qui concerne les abonnements le détenu bibliothécaire nous a cité « Le point », « Géo », « Sciences et avenir », « Paris match », et a fortement regretté qu’il n’y ait pas d’abonnement au quotidien local « Sud-ouest ».

La bibliothèque possède environ 3000 livres, 900 CD et quelques abonnements. Les livres ne sont pas uniformément cotés (même si tentative de dewey simplifiée) et les collections nous ont là encore semblé vieillottes. Les détenus bibliothécaires ne bénéficient pas d’un encadrement suffisant pour que les aspects purement bibliothéconomiques soient « parfaits ». C’est Mme Duretete qui assure le suivi (elle n’est pas bibliothécaire de formation) et un membre du personnel de la BDP vient une fois par an pour dispenser une formation bibliothéconomique sur la gestion d’une bibliothèque et sur la couverture des livres. Selon le détenu bibliothécaire ce sont les BD qui ont le
plus de succès. Il pense avoir sur le centre une dizaine de gros lecteurs. Les CD sont en accès indirect (boîtiers vides en accès libres et CD rangés dans une armoire). Le détenu-bibliothécaire a établi une liste papier des titres disponibles classés sous 4 rubriques : variété française, variété étrangère, pop-rock-jazz, classique). Selon ses statistiques il dénombre environ 190 passages par mois et environ 150 emprunteurs.
La bibliothèque est informatisée avec le logiciel Biblio 3000 pour les livres et Filmotech pour les CD. Le matériel informatique aurait besoin d’être changé, mais l’AP fait la sourde oreille. Il n’y a pas de sauvegardes.

Les demandes spécifiques des détenus sont faites au détenu-bibliothécaire sous formes de fiches normatives (nom du détenu, pavillon, objet de la demande titre, auteur ou sujet, signature du détenu). Le détenu-bibliothécaire transmet ces fiches à Mme Duretete qui les transmet à la BDP via le portail de la BDP. La BDP envoie ses réponses : dispo, pas dispo pour l’instant, pas du tout et les livres demandés sont livrés tous les mois. Ils ne sont prêtés exclusivement qu’au détenu qui les a demandés. Auparavant la BDP effectuait un dépôt et les livres étaient disponibles pour tous les détenus, mais les exemplaires disparus étant facturés au SPIP par la BDP, le SPIP a trouvé que cette formule coûtait trop cher. Le détenu bibliothécaire évalue le nombre de demandes faites par mois à
la BDP à environ 40 pour les CD et 20 pour les livres.

Le filmolux nécessaire à l’équipement est commandé via la BDP pour bénéficier d’un tarif plus intéressant.

Trois fois par an a lieu une opération menée par la BDP et la Ligue de l’enseignement sur le département (la bibliothèque fait partie du circuit). Cette opération baptisée « Étrange lecture » consiste à présenter un livre par le biais d’une lecture faite par un ou des comédiens. Parfois l’écrivain est présent. Une dizaine de détenus environ assistent à ces lectures (là encore pas besoin d’être inscrit sur une liste visée par l’AP).

La bibliothèque sert aussi de lieu convivial pour jouer aux cartes ou aux échecs. Elle fait aussi office de salle d’attente pour les rendez-vous avec les CPIP dont les bureaux sont attenants et de salle d’accès aux écoles (salles attenantes là aussi). C’est encore un point d’accès aux informations pratiques pour les horaires SNCF, les adresses (JAP, SPIP de Bergerac…). Comme partout le détenu bibliothécaire joue le rôle d’écrivain public pour les détenus en difficulté mais il veille nous a-t-il dit à ne pas entrer dans le détail des dossiers et des affaires, semblant se limiter à des courriers personnels ou à des demandes formelles de rendez-vous. Il veille aussi à ne rien enregistrer sur l’ordinateur de ces courriers.

Le détenu-bibliothécaire (qui a assuré cette fonction dans au moins un autre centre du 93 où il avait été formé par les bibliothécaires de la BM– il au aussi été responsable de l’imprimerie dans l’atelier de la RIEP à Melun – poste qu’il regrette) déplore l’absence de CD-ROM pour le « Code de procédure pénale » et pour le « Code pénal ». Il lui semble que ça ne coûterait pas plus cher que les éditions papiers et que ce serait plus pratique de pouvoir imprimer les articles à la demande.

vue aérienne du nouveau centre
article sur l’histoire du centre de détention
pour en savoir plus sur les GTE (groupes de travailleurs étrangers)

la présentation officielle du CD de Mauzac

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